Omar Azzimane tacle Abdelilah Benkirane sur la question du français au lycée
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- 21 décembre 2015 --
- Maroc
Le président du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) et par ailleurs conseiller du roi Omar Azzimane est revenu à sa manière sur la question de l’introduction du français comme langue d’apprentissage des matières scientifiques aux dernières années du secondaire. Le ministre de l’éducation nationale Rachid Belmokhtar avait pris cette décision, avant d’être violemment et publiquement tancé par le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane. Omar Azzimane a remis les pendules à l’heure.
S’exprimant à l’occasion de l’ouverture de la 8ème session du CSEFRS, lundi 21 décembre, Omar Azzimane a défendu le bilan du conseil, revenant sur la période de préparation de la vision stratégique pour la réforme de l’éducation ; il a ensuite insisté sur l’approbation de cette vision par le roi Mohammed VI, citant en illustration de longs passages du dernier discours du trône, dont ceux-ci :
1/ « Il faut faire preuve de sérieux et de réalisme, et s'adresser aux Marocains en toute franchise en leur demandant : pourquoi sont-ils si nombreux à inscrire leurs enfants dans les établissements des missions étrangères et les écoles privées, malgré leurs coûts exorbitants ? La réponse est claire : c'est parce qu'ils cherchent un enseignement ouvert et de qualité, fondé sur l'esprit critique et l'apprentissage des langues, un enseignement qui permette à leurs enfants d'accéder au marché du travail et de s'insérer dans la vie active ».
2/ « Or, contrairement à ce que prétendent certains, l'ouverture sur les langues et les autres cultures, ne portera aucunement atteinte à l'identité nationale. Bien au contraire, elle contribuera à l'enrichir, d'autant plus que l'identité marocaine est, grâce à Dieu, séculaire et bien enracinée, et qu'elle se distingue par la diversité de ses composantes qui s'étendent de l'Europe jusqu'aux profondeurs de l'Afrique. Même si j'ai étudié dans une école marocaine suivant les programmes et les cursus de l'enseignement public, je n'ai aucun problème avec les langues étrangères. La Constitution, qui a été votée par les Marocains, appelle à l'apprentissage et la maîtrise des langues étrangères en ce qu'elles sont des moyens de communication, d'insertion dans la société de la connaissance et d'ouverture sur l'esprit du temps ».
3/ « Aussi, la réforme de l'enseignement doit se départir de tout égoïsme et de tous calculs politiques qui hypothèquent l'avenir des générations montantes, sous prétexte de protéger l'identité. En effet, l'avenir de tout le Maroc reste tributaire du niveau de l'enseignement que nous offrons à nos enfants. Partant de là, la réforme de l'enseignement doit viser au premier chef à permettre à l'apprenant d'acquérir les connaissances et les habiletés et de maîtriser les langues nationales et étrangères, notamment dans les filières scientifiques et techniques qui ouvrent les portes de l'insertion sociale ».
Mohammed VI dit donc, en substance, qu’il faut assurer l’apprentissage des langues à nos enfants, essentiellement dans les matières scientifiques, que cela ne remet pas en cause l’identité nationale et qu’il faut éviter des calculs politiques et électoralistes sous couvert d’identité.
En clair, semble vouloir dire Omar Azzimane, il faut faire ce que le conseil a convenu et qui a été approuvé par le roi, lequel a reçu le bureau du CSEFRS et l’a félicité pour son action, une façon de dire qu’il entérine ses conclusions. Il est donc nécessaire aujourd’hui d’ouvrir l’école publique aux langues étrangères, et essentiellement le français, dans l’attente de pouvoir introduire, plus tard, l’anglais comme langue d’apprentissage. Cela répond au grand débat initié par les conservateurs du PJD et de l’Istiqlal principalement, sur la différence entre l’apprentissage des langues et les langues d’apprentissage.
Quand Rachid Belmokhtar avait publié ses deux circulaires 1 et 2 à destination des directeurs d’académies régionales, leur demandant d’introduire le français dans les matières scientifiques en fin de secondaire, cela avait suscité un tollé et une vague de critiques dans les réseaux sociaux et dans une partie des médias, surtout arabophones. Puis il y avait eu cette fameuse scène à la Chambre des conseillers, quand Benkirane avait rudement apostrophé Belmokhtar en lui rappelant que « si Sa Majesté avait voulu désigner Belmokhtar à la tête du gouvernement, il l’aurait fait mais voilà, il a choisi Benkirane ».
Et c’est le conseiller de Sa Majesté qui répond indirectement, et même directement tant l’allusion est claire, à Benkirane : « Tous ces intérêts passent par la réhabilitation de l’école. Et nous avons la conviction partagée que pour apporter notre contribution à la réhabilitation de l’école, nous avons le devoir de rompre avec les clivages idéologiques et partisans, de nous départir du dogmatisme, du sectarisme et de la crispation qui les accompagne, d’abandonner le confort des préjugés et des idées préconçues et de travailler sans a priori pour le seul bien des apprenants. Je suis persuadé qu’avec ces acquis méthodologiques et épistémologiques nous pouvons aller très loin ! », affirme Azzimane au Conseil. L’adresse est aussi rude que celle envoyée par Benkirane à son ministre.
Le conseiller Azzimane s’appuie donc sur le propos du roi Mohammed VI pour rappeler à ses devoirs le chef du gouvernement Benkirane. Celui-ci avait été vite en besogne en rabrouant son ministre qui n’en avait eu cure puisqu’il n’était pas revenu sur ses circulaires. Le chef du gouvernement aurait dû rappeler à son ministre qu’une décision de cette importance, de cette portée et de cette symbolique n’a de chance de porter ses fruits que si tout son environnement est repensé et que sa mise en œuvre st concertée. Comment faire passer au français, brusquement, des jeunes qui ont toujours étudié en arabe ? Les professeurs maîtrisent-ils le français pour pouvoir dispenser leurs cours dans cette langue ?
En attaquant son ministre, Benkirane montre qu’une fois encore, il n’est pas très bien conseillé. Comment a-t-il pu s’en prendre aussi violemment à un ministre, en public, à propos d’une question admise et même encouragée par le roi ? Cela rappelle le courrier qu’il avait envoyé à la HACA, avant de recevoir une réponse de nullité dans la forme. Qui conseille Abdelilah Benkirane ?
AAB
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