« Jeudi noir » : Hassad implique directement Benkirane, qui s'en défend "devant Dieu" (vidéos)

« Jeudi noir » : Hassad implique directement Benkirane, qui s'en défend "devant Dieu" (vidéos)

Graves dissensions au sein du gouvernement, et en public... dans l’enceinte parlementaire ! Le « jeudi noir », ce jour de la semaine dernière où les enseignants stagiaires ont été brutalement dispersés par les forces de l’ordre, continue de faire des remous. Le ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad dit que l’intervention s’est faite en accord avec le chef du gouvernement, lequel a par la suite catégoriquement démenti cela... Les deux versions.

Mohamed Hassad

Le ministre de l’Intérieur, questionné par les députés de la Chambre des représentants, a dit que « la logique du bâton est désormais derrière nous et nous n’y reviendrons pas. Il y a 50 manifestations par jour et elles se passent bien », ajoutant que jusque-là, les manifestations des enseignants stagiaires se sont toujours bien déroulées. Jeudi dernier, ces mêmes enseignants ont décidé de hausser le niveau de leurs protestations, et ont entrepris d’aller dans les centres d’enseignement « pour inciter les jeunes à les rejoindre, encouragés par une association que vous connaissez bien et qui ne veut pas trouver de solution au problème », en allusion à al Adl wal Ihsane.

Le ministre poursuit (5’10’’ dans la vidéo ci-dessous) : « Quand nous avons appris que des personnes tierces pourraient être atteintes par ces manifestations dont nous ignorions l’itinéraire et le timing... en application de la loi et en accord avec M. le chef du gouvernement (doigt levé pour bien appuyer le propos), la décision a été prise d’interdire les marches non autorisées qui, selon nos informations, allaient dégénérer ». Hassad explique que des gens, filmés par la police, incitaient les jeunes à ne pas obtempérer aux sommations des forces de l’ordre délivrées par haut-parleurs et, par la suite, les manifestants tombaient au sol dès la première charge de la police pour montrer qu’ils avaient été frappés, « une technique que nous connaissons bien et qui se produit souvent dans une ville du Sud », évoquant Laâyoune...

Hassad conclut alors (9'35''), et répète que « l’interdiction des marches a été conduite sur instructions gouvernementales » et que le cas de la jeune femme en sang était instruit par la direction de la police.

Abdelilah Benkirane

Plus tard dans la journée, à la Chambre des conseillers, le chef du gouvernement se lance dans un long panégyrique, quasi lyrique, sur l’utilité des forces de l’ordre et sur la pénibilité de leur métier, et prend exemple sur les « pays du monde » où la police intervient pour disperser des manifestations non autorisées. Il a aussi affirmé qu’Abdellatif Hammouchi , patron de la police nationale, lui a indiqué qu’une enquête est ouverte sur le cas cité par Hassad. "Serions-nous les seuls au monde où la police n'intervient pas en force ? N'utilisez-vous pas la force avec vos enfants ?"

Mais, soudain, Benkirane s’adresse à son ministre (3’15’’), présent dans la salle, et lui lance : « Ssi Hassad, je jure devant Dieu et dans cette enceinte que je ne suis pas au courant de ce qui s’est passé ce jeudi, mais je suis le responsable ».

Alors, que s’est-il passé au juste ce fameux « jeudi noir » ? Le ministre de l’Intérieur a-t-il informé son chef du gouvernement de la nécessité de dispersion des manifestants, et en a-t-il obtenu l’accord, avant que des dérapages ne surviennent ? Cela en a tout l’air, et si l’enquête se conclut par la sanction du policier qui a frappé la manifestante à la tête (en plus de celui qui a donné une gifle à un manifestant), alors les choses rentreront dans l’ordre et la légalité institutionnelle aura été respectée.

Cela étant, que le ministre de l’Intérieur affirme qu’il avait « l’accord du chef du gouvernement » et que ledit chef du gouvernement jure « devant Dieu » ne pas être informé des événements, au point qu’il appelle son ministre pour s’enquérir des choses, voilà qui sème une certaine cacophonie au sein du gouvernement. Et ce n’est ni bon, ni sain...

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