(Billet 1343) - Pour qui devrions-nous voter ?

(Billet 1343) - Pour qui devrions-nous voter ?

Et voilà, l’heure, le jour de vérité sont arrivés… demain, le Maroc vote. Les électeurs ont le choix entre un peu moins d’une trentaine de partis, mais ce sont seulement sept ou huit qui concourent pour une véritable représentation parlementaire, et seuls quatre ou cinq partis peuvent espérer les bienfaits de l’article 47… Le parti qui sera porté en tête du prochain gouvernement devra gérer le pays sur les cinq prochaines années, avec les immenses défis qui se présentent et se profilent, dont le moindre n’est pas la bascule démographique. Au-dessus de toute autre considération, la confiance sera l’élément fondamental du nouvel exécutif, et de la majorité sur laquelle il s’appuiera.

Le vote est d’abord et avant tout un acte citoyen, le geste par lequel on marque son appartenance à la cité. Ne pas voter, c’est s’exclure de l’opération et des institutions ; arguer que « cela ne sert à rien » est une lourde erreur car « oui, cela sert, et ô combien »! Cela sert au moins à ne pas laisser la place vide, qu’occuperont les véreux et les indélicats, les incompétents et les opportunistes, toute cette faune de personnels politiques qui font que justement plus personne ne croit aux élections. Quand une population vote en masse, elle obtient d’autres résultats qu’en cas de forte abstention et elle exerce aussi une pression sur les pouvoirs publics, qui doivent ainsi tenir compte de la vox populi.

Ce n’est pas le cas sur nos terres, les Marocains se sont peu inscrits sur les listes électorales et ils seront vraisemblablement peu nombreux à se rendre aux urnes. Les politiques le savent et l’espèrent car plus faible sera le taux de participation et plus fortes seront leurs espérances de maintenir leurs positions, leurs ambitions. Et plus forte sera l’abstention, plus longues seront nos attentes et plus rudes nos déceptions.

Alors que faire demain, et surtout comment le faire ? Que faire, c’est oublier les programmes type cabinets conseils ou IA ; ils n’engagent personne et de toutes les façons, de l’aveu même des responsables de partis politiques, les programmes de chacun seront dilués dans un pacte pour tous, tous les membres de la majorité. Les promesses, les engagements seront à n’en point douter oubliés ce mercredi 23 septembre à 00 heure précise.

Comment faire, c'est répondre à la question de savoir que, qui ou quoi privilégier avant de choisir le bulletin à glisser dans l’urne, sachant que la confiance prime par-dessus tout ? La compétence, l’éthique, la volonté et l’audace.

Compétence, éthique, volonté et audace… chacune de ces vertus étant aussi importante que l’autre, toutes étant cumulatives, nécessaires. Pour chacune d’elles, analyser le candidat (profil, stature, histoire personnelle, acquis et manquements) et aussi le parti dont il est issu, et surtout la période à laquelle il a rejoint ce parti ! La compétence est la seule de ces éléments à pouvoir se trouver dans tous les partis tant il est facile de recruter et d’attirer des talents sous sa bannière quand on est en situation de gouverner. Mais sans éthique pour faire, de volonté de faire et d’audace pour pouvoir faire, la compétence s’enfouit dans l’insignifiance.

Les trois autres conditions, la volonté, l’audace et l’éthique, elles n’existent, ou pas, que parce que le chef d’un parti les réunit en lui, ou non ; les électeurs devraient alors s’interroger sur la nature du parti, sa vie, son œuvre et celles de ses dirigeants. Avec cette façon de faire, bien des partis seraient d’office exclus du choix de vote. Et nous avons, nous autres électeurs et électrices, toute l’histoire récente de la politique dans notre pays pour pouvoir ranger et classer les partis, les candidats, par ordre et niveau de satisfaction aux quatre critères retenus.

Comment en effet réformer les caisses de retraite si on est dépourvu de volonté ? Comment enclencher cette réforme autrement ? Comment lutter contre les lobbies, les rentiers et les chasses gardées dans les ultrasensibles secteurs de l’éducation et de la santé si on n’en a pas l’audace, en plus de la volonté ? Comment gérer les extraordinaires marchés publics à venir dans les infrastructures en prévision du Mondial 2030, si on n’est pas armé de l’éthique nécessaire pour faire et bien faire les choses ? Comment accompagner les grandes avancées diplomatiques du Maroc quand, outre la compétence, on n’a ni volonté de le faire ni l’audace de le faire ? Comment s’adresser aux jeunes et les convaincre si on n’a pas l’éthique requise pour retenir leur attention… et les retenir tout court ?

Nous autres électeurs qui veulent voter – et dommage pour les autres qui s’excluent d’une obligation citoyenne – devront commencer notre processus de choix avant de dormir, la nuit, dans son silence et son isolement, portant conseil. Il nous faudra oublier les innombrables vidéos qui nous ont bercées durant ces dernières semaines, il nous faudra mettre de l’ordre dans nos esprits, il nous faudra nous départir de nos sentiments et de nos amitiés, il nous faudra garder à l’esprit octobre 2025 et Sebta ; Octobre 2025 et Sebta, leurs morts et blessés parmi la population, leurs blessés au sein des forces de l’ordre !... Et le trauma général, national que ces deux événements ont généré.

Il ne sert à rien de tout reprocher au gouvernement quand on ne fait rien pour en avoir un convenable, efficace, compétent, éthique et volontaire. Comme le dit la Sourate Ar-Raad, verset 11 :

إِنَّ اللَّهَ لَا يُغَيِّرُ مَا بِقَوْمٍ حَتَّىٰ يُغَيِّرُوا مَا بِأَنْفُسِهِمْ

Aziz Boucetta

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