(Billet 1354) - Oussama Barik, le jeune influenceur devenu député, qu'il faudra suivre

(Billet 1354) - Oussama Barik, le jeune influenceur devenu député, qu'il faudra suivre

Il s’appelle Oussama Barik, de son vrai nom Abdelaziz Barik ; il vient de la montagne, du « maximum de la montagne », là où il neige, là où il pleut, là où il vente, là où l’Etat est peu, ou pas, concerné… il vient du Maroc profond, du Maroc d’en bas, niché tout en haut, du Maroc inutile et souvent oublié. Mais lui ne se fait pas oublier, sa voix tonne et résonne. Il est actif sur les réseaux, multiplie les vidéos. Après avoir longtemps hésité, il s’est porté candidat aux législatives, et il a été brillamment élu ! Sa voix comptera désormais dans l’hémicycle… et qu’est-ce que ça fait plaisir !!!

Oussama Barik donc, puisque c’est le prénom militant qu’il s’est choisi, a tout juste 28 ans, mais il parle comme s’il en avait vingt ou trente de plus. Après avoir pu difficilement aller à ce que l’Etat, là-bas à Rabat, appelle école, en parcourant souvent 15 kilomètres à pied, il a suivi son cursus scolaire, secondaire, puis universitaire, en obtenant une licence en géographie. Pour lui, marcher dans un mètre de neige, c’est la routine, ne pas voir de route pendant des mois, c’est habituel, vivre souvent à la mode productive médiévale, c’est le quotidien. Il vénère son père qui a su conduire ses quatre enfants aux diplômes universitaires, racontant d’un air détaché ses combats contre les accidents de terrain et les accidents tout court, évoquant ses camarades de douar qui s’évanouissaient en chemin, et qu’on n’arrivait même pas à secourir car pas de routes…

Ce jeune homme est admirable car non seulement il a vécu dans une sorte de moyen-âge, mais il a su croiser cette existence misérable avec l’ultra-modernité des réseaux sociaux et du numérique. Il a su allier les deux, vivant ce qu’il a vécu et le racontant avec art, avec passion, et avec son accent amazigh montagnard prononcé. A l’écouter, on a le sentiment d’entendre un humoriste parler, car il sait apporter des touches d’humour et de bonne humeur à ses narrations.

Mais ses messages sont forts, puissants, marquants et impactant. Oussama, à même pas 30 ans, est une sorte de conscience de cette nation, ou du moins de sa partie montagnarde et négligée, un jeune homme qui depuis plusieurs années rappelle aux Marocains le sort du Maroc oublié. Il s’est présenté aux élections sous les couleurs du PUD, un parti issu d’une scission avec l’Istiqlal et que son fondateur-secrétaire général a récemment quitté pour s’en aller tenter sa chance ailleurs… On peut se demander pour quelle raison le jeune Barik a choisi cette étiquette inconnue alors même qu’il pouvait se présenter sans appartenance, avec le soutien de l’Etat, mais le fait est là. Et le résultat aussi.

Le désormais député Oussama Barik est davantage connu par son action militante et ses très nombreuses vidéos sur les maux que rencontre sa région, infrastructures, désenclavement, services de base, problèmes de la jeunesse rurale… Avec des moyens qu’on devine modestes, il a été porté et supporté par les jeunes de sa région lors de la campagne électorale, et il a été plébiscité avec plus de 32.000 voix !

Oussama parle depuis des années devant son écran et à travers lui, les populations oubliées de sa montagne ont également parlé. Sa voix fut amplifiée par les réseaux sociaux, elle vient d’être institutionnalisée par les électeurs. Son message est simple et d’une logique confondante : le Maroc dispose de toutes les ressources nécessaires, elles doivent être mieux gérées pour être mieux réparties ; le Maroc dispose d’institutions et le nihilisme étant improductif, il est meilleur d’y adhérer et à partir de là, s’adresser aux décideurs, leur formuler les revendications populaires, puis contrôler leur action.

C’est ce qu’il fera au parlement, à Rabat, mais... Sera-t-il récupéré par les requins de la politique ? Sera-t-il dissous dans un groupe parlementaire ? Saura-t-il rester dans son al-Maghrib natal et originel et ne pas céder aux délices rbatis de Morocco ? Sera-t-il écouté lors de ses prises de parole ? Dans le cas contraire, saura-t-il passer ses messages ? Comment réagira-t-il en cas de négligence de ses propos ?

On peut d’ores et déjà le féliciter d’avoir su convertir ses dizaines de milliers de followers sur les réseaux en dizaines de milliers de votants en sa faveur ; il a prouvé que cela était possible et ce faisant, il devrait avoir ouvert la voix à tant de voix jeunes aussi talentueuses que la sienne. Le jeune Oussama Barik est devenu le modèle  même de cette jeunesse qui prend son avenir et son sort à bras le corps. Il est la preuve vivante que la jeunesse n’est pas apolitique ni indifférente aux affaires de la cité. Venu de nulle part, ne possédant rien d’autre que son instruction et sa culture, en plus de sa foi en lui-même et en les capacités de ce pays, il se retrouve au centre de la politique nationale, réclamant tout, tout ce qui est dû aux populations de sa région laissées dans leur misère séculaire.

Sa force réside dans sa sérénité ; ses propos sont calmes et d’une indiscutable logique. A la fois constructif et exigeant, nuancé et ferme, grave et maniant l’humour, il a cette capacité de retenir l’auditeur et de le convaincre du bien-fondé de ses arguments et de la force de ses revendications.

Le Maroc oublié a désormais une voix là où on oublie vite, au parlement, à Rabat, et cette voix résonnera dans l’hémicycle parlementaire chaque fois que besoin est. Formons juste le vœu que cette voix, ce jeune homme, ce parlementaire, Oussama Barik, restera ce qu’il est.

Aziz Boucetta

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