(Billet 1344) - On prend les mêmes, et on recommence !

(Billet 1344) - On prend les mêmes, et on recommence !

Un taux de participation de 38,08 %, soit environ 6 millions de votants sur l’ensemble du territoire national. Sur les quelques 28 millions de Marocains en âge de voter, de Tanger à Lagouira, seuls 6 millions ont daigné sacrifier une petite demi-heure de leur temps. La sanction est là ; le Maroc, encore une fois à deux vitesses, le monde politique et la société. A partir de là, les résultats reflètent davantage une exaspération qu’une invisible adhésion à qui ou quoi que ce soit. Le principal, et peut-être unique constat important est là. Le reste est de l’arithmétique électorale, diluée dans le charisme inégal de nos hommes et femmes politiques.

Après cinq années de mandat gouvernemental, voilà à quoi sont arrivés les trois partis qui ont formé cette majorité sortante. Les seniors n’y croient plus, les jeunes affichent leur indifférence, et ceux entre les deux observent, à distance respectable des bureaux de vote. Le PAM peut venir claironner qu’il a « convaincu », le RNI appuie encore plus que jamais sur Coué, s’auto-convaincant de ses réalisations, l’Istiqlal ne dit rien mais voit un succès pourtant invisible le concernant. De l’autre côté, le PJD affiche sa satisfaction d’être passé de 13 députés à 54, l’USFP n’en revient pas de ses 28 élus, et le PPS l’a mauvaise, lui qui s’attendait à augmenter son petit groupe de 22 à un groupe imposant de 40 ou 45 députés, et qui a fini par en perdre 3.

Comment expliquer que les trois partis qui ont « gouverné » cinq années durant, qui ont certes eu des réalisations tangibles mais qui ont multiplié les bévues et les travers, les conflits d’intérêt et les zones d’ombre, soient portés encore au podium de tête ? La réponse est dans les mystères des élections marocaines. L’Istiqlal, peu ambitieux, s’est contenté de maintenir ses positions ; las, il a quand même perdu 20% de ses effectifs parlementaires. Le RNI a déversé une débauche de moyens financiers et digitaux, mais a quand même mordu la poussière, malgré les cris de victoire peu convaincants de ses chefs. Quant au PAM, il s’est adjoint les services de Fouzi Lekjaâ, l’homme qui demande au président du bureau de vote comment on vote… mais sa légende semble avoir servi, et elle a été également servie par l’ingénierie électorale mise en place.

Côté opposition sortante, elle restera dans l’opposition, mais avec des faits nouveaux. Nul de sensé ne peut nier l’indéniable succès du PJD d’Abdelilah Benkirane, plus animal politique que jamais, aiguisant son verbe et adaptant même ses tenues vestimentaires à son électorat ; déjà bruyant et empêcheur de conflicter les intérêts entre copains, il sera assourdissant avec sa nouvelle cohorte. L’Alliance de la gauche avance bien et le PPS prend une gifle tout à fait inattendue. L’USFP recule mais ne meurt pas, le MP se maintient et les partis de feu Basri gardent la tête hors de l’eau.

Et maintenant ? Et bien maintenant, le PAM conduira la future majorité et le futur gouvernement, et pourra se faire plaisir en dominant « le gouvernement du Mondial ». D’autres chantiers d’importance attendent pourtant mais nul n’en parle. Le roi, en vertu de l’article 47 de la constitution, le fameux 47, devra nommer aujourd’hui ou demain le futur chef du gouvernement, qu’il chargera de former la future majorité. Cette fois, cela pourrait être « la future cheffe de gouvernement ». En effet, Fatima Zahra Mansouri semble dans les starting-blocks pour diriger le gouvernement dit du Mondial, mais elle est une dame controversée qui n’a absolument pas brillé dans sa gestion du ministère et de la ville de Marrakech. Sa nomination bousculera bien des habitudes mais il faudra penser à réaménager le protocole officiel religieux… Fouzi Lekjaâ est pressenti, mais il a dit que sa mission s’achevait le 23 septembre ; peut-être en aura-t-il une autre aujourd’hui ou demain, qui sait ? Abdellatif Ouahbi s’y verrait bien, mais les Marocains ne verraient pas cela d’un bon œil, tant l’homme est rugueux et provocateur. Mehdi Bensaïd, personne n’en parle comme futur chef de gouvernement, bien qu’il fut un ministre audacieux, qui a multiplié les réformes, qui n’a jamais refusé le débat contradictoire public, contrairement aux trois autres qui restent tout à fait silencieux, évitant les médias ou les méprisant, ou qui choisissent soigneusement ceux qui leur apporteraient une contradiction mutuellement convenue !

Il est bien possible que le PAM opte pour ses deux seconds, le RNI et l’Istiqlal, malgré les joutes oratoires particulièrement acerbes, parfois pénales, qui ont opposé PAM et RNI durant la campagne électorale. Cela donnerait une confortable majorité absolue, mais serait-ce là réellement une bonne idée ? Le même trio, dans le désordre, est le seul et unique responsable de l’exaspération populaire et des 38% de participation. Le PAM et le RNI sont des technos « empartisés » et l’Istiqlal a laissé son côté farouche et finement belliqueux au 20ème siècle. Remettre les trois au gouvernement serait une lourde erreur, octobre 2025 et Sebta n’étant pas loin…

Le PJD a d’ores et déjà annoncé son refus de répondre à un éventuel appel du PAM. Si cela se confirme, l’histoire jugera si c’est une erreur ou non, car contester une élection globalement saine n’est ni fair-play ni constructif, et décliner des responsabilités procure le confort de l’opposition certes mais expose le parti à une autre forme d’exaspération populaire, car le Maroc a plus besoin d’action concrète que de contestation éternelle. En effet, être dans une coalition empêcherait et éviterait peut-être les turpitudes de certains alliés.

Le futur chef du gouvernement, homme ou femme soit-il, pourra donc éviter de rééditer le trio sortant en éliminant le très sulfureux RNI, boudé aujourd’hui par ceux qui l’encensaient un hier encore tout proche. Avec l’Istiqlal, il ne lui manquerait qu’une trentaine de députés pour décrocher le graal de la majorité absolue. Ni le « socialiste » Driss Lachgar ni le très « mouvant » Mohamed Ouzzine ne refuseraient. Quant aux MDS et UC, ils viennent de décider de former un groupe commun, qui les qualifierait à discuter et négocier leur sort avec une moyenne assurance.

En revanche, en face, l’opposition sera tonitruante, avec 54 députés PJD, ses 19 PPS et ses 8 de gauche. Cela changera de l’ancienne législature où la majorité était impériale et impérieuse et l’opposition chancelante et taiseuse.

La grande question de ce futur gouvernement est la suivante : Saura-t-il réconcilier les Marocains avec la politique, les intégrer dans les politiques publiques, les intéresser et les motiver ? De la réponse à cette question dépendra la réussite de ce Mondial tant attendu par les PAMeux, et aussi le bonne tenue de l’ordre social et public ! On en saura plus en connaissant l’identité de la personne qui sera choisie par le roi.

Aziz Boucetta

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