(Billet 1249) – CAN : Maroc-Tanzanie et l’inutile et malsaine zizanie

(Billet 1249) – CAN : Maroc-Tanzanie et l’inutile et malsaine zizanie

Penalty or not penalty, that is the question… oui, cela pourrait être la question du moment, comme cela pourrait ne pas l’être, et peut-être ne devrait même pas l’être. D’abord, parce que des êtres raisonnables ne persistent pas à poser une question dont la réponse a été apportée, et ensuite, parce que dans ce genre de compétition, il faut gagner et avancer. L’équipe doit absolument tenir et le public la soutenir, point.

« Victoire au goût amer », entend-on ici… « Qualification non méritée », suggère-t-on là… « Tanzanie anéantie par l’arbitrage », assène-t-on ailleurs… eh oui, mais ainsi est le lot des grandes compétitions sportives, essentiellement en football, et surtout quand les enjeux sont grands, ce qui était le cas du match de huitièmes de finale Maroc-Tanzanie. La Tanzanie devait clairement se qualifier car elle battait son record en CAN, et le Maroc devait absolument se qualifier, pour des raisons évidentes…

Puis il y eut cette action de fin de match, et la fin du match, et la victoire du Maroc. Les 35 millions de sélectionneurs que compte le Maroc à chaque grande compétition se sont alors divisé en trois catégories : ceux qui ont crié victoire, franchement et joyeusement, ceux qui ont admis la victoire en regrettant cet incident qui, de leur point de vue, l’entache lourdement, et ceux qui crient leur honte, qui refusent une victoire obtenue de cette manière etc etc… ils sont bien heureusement les plus rares.

Le sélectionneur défend qu’une équipe monte en puissance, et tant que ce n’est pas fini, rien n’est perdu, et on peut gagner. Il a raison. La manière de gagner importe peu car l’histoire enregistre le nom du vainqueur, pas des détails qui lui ont permis de l’être. En 1986, la « main de Dieu » de feu Diego Maradona l’avait rendu encore plus célèbre et paradoxalement… plus talentueux. Le Maroc n’en est pas là, loin de là. Mais cette compétition, nous devons la remporter !

Nous avons en effet, nous Marocains, par Etat interposé, consenti les plus grands efforts, budgétaires, sécuritaires, organisationnels… car c’est de notre argent qu’il s’agit après tout. Nous avons donc, comme public, un rôle à jouer, et nous devons le remplir en soutenant cette équipe et surtout en n’accablant pas ses jeunes talents qui font de leur mieux. Que celui qui n’a jamais failli dans son travail leur lance la première pierre. Comme disait un ancien président de la Fédération de foot, « il est facile de crier sur un joueur hagard par l’effort quand on est confortablement assis dans son fauteuil »… Soutenons, supportons et encourageons donc notre équipe nationale et elle pourra gagner, doutons et critiquons nos jeunes et ils perdront ; la victoire finale ou la disqualification n’auront pas pour seuls responsables les joueurs de la sélection marocaine.

VAR ou pas VAR, les erreurs d’arbitrage sont consubstantielles du football, et nous en avons été maintes fois victimes. La décision de siffler ce penalty en fin de match avec la Tanzanie était-elle une erreur ou non ? Les avis sont partagés. Seulement voilà : le défenseur a fait ce qu’il devait, ce qu’il pouvait, l’attaquant est tombé comme il devait, et l’arbitre a tranché. Il a réfléchi, il a été submergé par les Tanzaniens, il n’a été menacé par personne, et il a tranché. Il n’a pas sifflé le penalty, nous avons été qualifiés. C’est le foot.

Curieux comportement que celui de ces Marocains qui oublient que nous sommes dans un monde violent, brutal où, paradoxalement, la mondialisation a contribué à enfermer les peuples dans leurs bulles. Être patriote à certaines occasions devient un devoir. Ainsi, comment expliquer les réactions de ces commentateurs qui regrettent le sort fait à Nicolas Maduro, sachant que le désormais ex-président se déchaînait contre le Maroc et contre son intégrité territoriale, recevant Brahim Ghali à répétition, lui offrant l’épée symbolisant Simon Bolivar et son combat contre le colonialisme…

Il faut être chouiya schizophrène pour accabler les joueurs marocains et Walid Regragui alors qu’ils ont tellement besoin de notre soutien unanime, eu égard à l’extraordinaire pression qu’ils subissent… il faut être sacrément déphasé pour soutenir Maduro et s’emporter contre Donald Trump qui, quoi qu’on en dise, a permis à la question du Sahara de connaître des avancées décisives, par deux fois, en 2020 et en 2025… il faut être coupablement idéaliste pour pleurer la destruction du Hezbollah, notre ennemi idéologique…

On peut s’étriper autant qu’on veut en interne mais face aux adversaires/ennemis, il faut savoir faire la part des choses. Le Maroc est en effet un pays ambitieux qui veut émerger dans le concert des nations. S’en donne-t-il les moyens ? Incontestablement, même si par certains aspects, nous prenons stupidement du retard sur ces ambitions. Mais la responsabilité en revient à certains dirigeants politiques qui ne sont pas à leur place ; restons, quant à nous, population, société, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, urbains et ruraux, la garde, et la tête, hautes. Soutenons les nôtres et portons haut nos couleurs dans les stades et nos combats dans les arènes internationales !

Il reste encore un quart de finale, puis certainement une demi-finale et, idéalement, une finale à jouer, et à remporter. Il sera toujours temps de faire l’inventaire après, quand nos hôtes seront partis. Dans l’intervalle, c’est en veillant à inconditionnellement soutenir notre sélection que notre sélection pourra durablement tenir.

Aziz Boucetta

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