(Billet 1290) – Le grand changement de casting entamé sera-t-il confirmé aux élections ?

(Billet 1290) – Le grand changement de casting entamé sera-t-il confirmé aux élections ?

S’il est une vérité sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est que si le Maroc fonctionne comme démocratie parlementaire, les fondements de cette dernière que sont les partis politiques ne sont pas toujours au point, voire ne sont toujours pas au point. Le casting et les RH de ces partis ne sont pas adaptés aux grands changements, aux grands chantiers et aux non moins grandes réformes. Le changement réel, c’est par la politique qu’il doit commencer, car c’est elle qui met en œuvre les politiques publiques. La classe politique doit vouloir, et pouvoir, se transformer…

On les entend déjà, les responsables politiques, fulminer contre ce qu’ils appellent « l’acharnement contre les partis politiques », « le dénigrement systématique des partis », « la déconsidération habituelle des personnels politiques », … et pourtant ! On ne peut que constater que de par leur mode de fonctionnement même, les partis politiques n’alignent pas suffisamment de cadres et de sachants capables de mettre en musique la partition écrite au plus niveau de l’Etat. En effet, les cadres anciens, éligibles aux fonctions et aux honneurs, sont en quelque sorte et en grande partie sclérosés par leur longue attente de ces fonctions et honneurs, formatés pour ne pas contester, programmés à ne rien manifester, dressés à ne jamais protester ; quant aux jeunes membres de partis, ils doivent… attendre leur tour, et donc quittent leurs partis ou n’y adhèrent même pas en amont.

Pour dire les choses plus simplement, le Maroc entre dans une phase nouvelle, avec des projets nouveaux, pour une jeune génération, nouvelle… il est donc non seulement naturel mais salvateur qu’il ait des dirigeants, des responsables nouveaux. Un sentiment largement partagé au sein de l’opinion publique veut que la mandature prochaine sera radicalement différente des précédentes, tant au niveau des enjeux nationaux que des challenges mondiaux, tant au niveau des attentes de la société que de la réponse des politiques. Et cette mandature sera inscrite sous le signe de la jeunesse, ainsi que l’ont montré les manifestations de septembre-octobre derniers, et ainsi que l’indique l’implication du prince héritier Moulay al-Hassan à la coordination de l’armée.

Le 23 septembre prochain au soir, 395 personnes auront été élues et seront en charge d’investir un gouvernement puis de l’accompagner par le soutien, le vote mais aussi le contrôle et la critique. Si la Chambre des représentants 2026-2031 présente la même configuration et la même sociologie que l’actuelle, finissante, c’est le Maroc entier qui prendra du retard, dans un monde où si l’on n’avance pas aussi vite, sinon plus, que les autres, on recule… dans un monde où si l’on ne s’impose pas, on s’expose.

Un changement de casting devient dès lors incontournable pour apporter du sang neuf à une technostructure qui en a besoin, et le critère de l’âge n’est pas nécessairement une condition ; on a l’âge de ses neurones et de ses artères, dit-on... Et ce changement de casting a commencé, comme toujours dans la Maroc de Mohammed VI, à bas bruit. Qu’on en juge :

Fin 2024, Chakib Benmoussa a pris la tête du HCP, en remplacement d’un Ahmed Lahlimi en poste depuis 2003 ; Mohamed Benchaâboune a été désigné à la présidence de Maroc Telecom, à la place d’un Abdeslam Ahizoune qui a occupé la fonction depuis des temps immémoriaux, remontant au siècle dernier. Aucun des deux partants n’a vraiment démérité, au contraire… mais le pays a besoin de changements.

Le 10 janvier, le chef du gouvernement Aziz Akhannouch traçait sereinement et en toute confiance la voie de son parti pour les élections à venir, rien n’indiquant son départ ou un quelconque passage de témoin. Le lendemain, toujours devant son conseil national, il annonçait fébrilement sa décision de partir. On peut raisonnablement supposer que si la veille, il ne pensait pas à son départ mais que le lendemain, il l’annonçait solennellement, c’est que quelqu’un, quelque part, a dû lui souffler l’idée qu’il était temps de partir…

Quelques jours auparavant, le trésorier général du royaume Noureddine Bensouda faisait valoir ses droits à la retraite, cédant le lendemain sa place à son remplaçant, intérimaire. Quand un personnage de cette envergure s’en va aussi précipitamment, c’est qu’une décision est tombée, forcément et mécaniquement d’en haut.

A la CGEM, les choses sont aussi un peu particulières. Chakib Alj termine ses deux mandats et s’apprête à céder son fauteuil, le plus institutionnellement du monde. Et comme à chaque élection, surtout en cas de reconduction, il n’y a pas de candidature adverse, mais en revanche des rumeurs circulent, des ambitions s’affichent, des clans se forment... Cette fois, rien de tout cela ne s’est produit, comme si une main ou des voix invisibles avaient soufflé aux uns et aux autres la voie à suivre.

Et c’est dans cette réalité que le prince héritier est nommé à la coordination de l’armée, comme son père l’avait lui-même été en 1985, une nomination suite à laquelle le Roi actuel avait peu à peu été initié aux affaires de l’Etat, à partir d’une position aussi officielle qu’éminente. Le prince héritier, depuis son accueil au président chinois fin 2024, est de plus visible et impliqué, ainsi qu’on l’a pu constater lors de la dernière CAN, jouée au Maroc.

Tout cela est indicateur d’une tendance qui s’affirme, de signaux faibles mais de plus en forts qu’un changement est désormais non seulement souhaité mais déjà entamé. Les bonnes personnes aux bonnes places… Les partis politiques ont déjà entrepris d’aligner leurs champions pour les élections du 23/9 et la compétition s’annonce ardue, et les coups bas de disqualification des uns par les autres, et inversement, ont commencé, très fort… mais au final, si on prend les mêmes et on recommence, si on maintient la même logique de recrutement pour les mêmes objectifs de pantouflage, le pays stagnera encore et encore, prenant du retard là où il doit accélérer.

Il n’est pas tout à fait certain que les jeunes acceptent cela pour cinq ans encore. Il est donc primordial que les partis se mettent au niveau… et aussi qu’on les laisse le faire.

Aziz Boucetta

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