(Billet 1287) – Bon appétit Messieurs, ô ministres intègres…
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- 27 avril 2026 - 15:26 --
- Billet
Nous savions bien que sous ce gouvernement, l’éthique devenait problématique et la moralisation de la vie publique un slogan creux, nous le savions bien et tous les commentateurs, et même des membres de la majorité, en sont convaincus. Mais pour autant… Il n’est ni naturel, ni normal, ni même légal, que des responsables de premier plan soient pris la main dans le sac. Et pourtant, hélas, c’est ce qui semble se produire sur nos terres.
Il y a longtemps, bien longtemps de cela, il était justement tout à fait naturel et normal que les décideurs se servent ; ce n’était peut-être pas légal – ça l’est rarement – mais c’était normal et même naturel. Puis le siècle a changé, le Maroc aussi, et il devient clairement malséant de voir de tels comportements, et principalement quand ils concernent plusieurs de nos membres du gouvernement. Des ministres !... « Bon appétit ! messieurs ! — Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
de servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte… ».
Le cri du cœur de Victor Hugo, par la voix, la bouche et la colère de Ruy Blas résume la situation.
Les affaires sont connues ; certaines, concernant des infrastructures publiques, sont de l’ordre du passé, mais on attendra toujours que justice se passe, pour que l’espoir ne trépasse pas. Certaines autres sont plus récentes, portent sur des faveurs immobilières familiales, et résonnent encore dans les esprits des citoyens épris de justice. D’autres encore sont plus discrètes, mais non moins coupables. Et une dernière catégorie, plus récente, consiste en un tout englobant de la dissimulation, du trafic d’influence, de la prévarication, des manœuvres urbanistiques…
Avant, il y avait l’Etat, ses commis, les uns intègres et les autres moins, parfois pas, et les médias. Aujourd’hui, les choses ont changé et il est curieux que nos responsables indélicats ne s’en soient pas aperçus ! Le sentiment d’impunité, la vanité sont-elles donc si grandes ? Aujourd’hui donc, une nouvelle catégorie de personnes est apparue, par la grâce du web et des réseaux sociaux : les influenceurs sont désormais parmi nous, les lanceurs d’alerte aussi et rien ne fait plus plaisir à un lanceur d’alerte que de dénoncer les travers, épingler les pervers, puis se mettre bien vite au vert car les réactions et ripostes peuvent être violentes.
Mais il existe aussi, et de plus en plus, des médias qui se spécialisent dans l’investigation ; ils passent le plus clair de leur temps à traquer et matraquer. Ils se retrouvent souvent en justice, face à ceux qu’ils ont dénoncé et la plupart du temps, ils gagnent leurs procès ou, à défaut, l’estime de l’opinion publique. Et puisque la justice sera saisie sans l’affaire qui nous intéresse, nous tairons les noms car révéler l’identité d’un responsable gouvernemental est déjà une forme de condamnation. Laissons la justice faire son travail, et laissons les deux personnalités concernées se reconnaître.
Quand deux ministres importants d’un gouvernement sont impliqués dans une affaire immobilière, que l’un est important par sa fonction et l’autre par ses multiples casquettes, que cela se produit à quelques mois d’une élection législative, que ces deux ministres soient directement engagés dans l’opération électorale, et que les deux multiplient les déclarations menaçantes sur l’éthique et l’intégrité en politique, alors cela fait désordre… cela remet en cause cette si nécessaire confiance que nous voulons tous avoir dans nos institutions… cela est gênant, très gênant… Cela est affligeant.
Contrairement à leurs pairs mêlés à d’autres indélicatesses, l’un de ces deux ministres a décidé d’aller en justice. A la bonne heure ! La cour dira son mot mais avant cela, le débat fera rage car le média qui a révélé l’affaire affirme avec force que tout a été vérifié, que tous les documents ont été authentifiés, que les registres de commerce et autres attestations de propriété ont été passés au peigne très fin, et que la suite des révélations arrivera dans les jours prochains... Dans l’autre camp, chez les deux autres protagonistes de ce qui sera un procès qui devrait défrayer la chronique, l’un est prolixe, offensif, ulcéré et annonce urbi et orbi qu’il veut laver son honneur ; l’autre est silencieux, se terre et se ferre dans son abri.
Nous l’avons déjà écrit et dit, et nous le réécrivons… Le Maroc a entamé depuis quelques mois, quelques années même, une opération « mains propres » qui ne dit pas son nom mais qui est efficace et ne s’embarrasse pas du niveau de responsabilité de ceux qui en font les frais. Les derniers mois sont riches en exemples de dignitaires qui se pensaient hors d’atteinte, mais qui ont été atteints, qui se sont éteints…
Ces lignes sont écrites avec une rage contenue et une extrême tristesse exprimée. Les noms ont été tus, les forfaits supposés ont été évasivement évoqués, mais si rien n’est fait, si la justice n’est pas saisie, tout cela sera su, malheureusement et tristement connus de tous, les réseaux feront leur travail.
Les Marocains d’aujourd’hui valent plus, le Maroc de Mohammed VI mérite mieux.
Aziz Boucetta
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