(Billet 1278) – La curieuse propension du Maroc à tendre l’autre joue

(Billet 1278) – La curieuse propension du Maroc à tendre l’autre joue

Ils sont fous, ces Gaulois ! … du moins les médias gaulois. Il est loin le temps où les écrits, documentaires, reportages et débats des médias français, et en particulier de leurs télévisions, avaient de l’autorité et de la profondeur, suscitaient le respect et attiraient le chaland. Aujourd’hui, on dirait que ces télés, dans le paysage médiatique européen, sont comme leur pays au sein de l’Europe, une sorte d’homme malade. Mais le problème se situe aussi, peut-être même surtout, au Maroc qui, bien que musulman, a cette curieuse et détestable propension à tendre l’autre joue.

Et alors même que le Maroc et la France, dit-on, cogitent à fond sur un traité de partenariat stratégique (on peut y ajouter des majuscules si on veut), voilà que les médias français reprennent leur croix et leurs bannières, et attaquent, en meute. Depuis l’Equipe ou RMC pour la CAN jusqu’à ce dernier documentaire déphasé sur France 5, en passant par France 24 qui ne sait plus quoi faire de la carte du Maroc (une fois complète, une fois coupée, une fois hachurée…), les assauts se suivent et ne se ressemblant pas.

Et en face, le Maroc se tait. Comme d’habitude, prêtant le flanc, offrant la joue !

Souvenons-nous… pendant et après la CAN, un flot d’informations, de jugements, de dénonciations avaient réussi à semer le doute dans l’esprit de millions de personnes sur l’intégrité de cette CAN. Le Maroc y était accusé d’à peu près tout, trucage, enfumage, arbitrage. Les Africains (public et médias) tapaient dur, et étaient relayés et soutenus par des médias français, belges et espagnols essentiellement. Que critiquaient et que dénonçaient ces médias ? S’ils ont globalement loué la qualité des infrastructures et de l’accueil, ils ont aussi et en convergence attaqué le soft power marocain, l’influence de la Fédération marocaine de football et donc l’image du Maroc. La confrontation concernait donc bien plus l’extra-sportif et l’influence que le football lui-même.

Et cela continue avec la décision de la CAF de déclarer le Maroc champion d’Afrique… C’est en France, encore une fois, que le collectif de défense s’est réuni et a tiré à boulets rouges sur le royaume, en parlant de « plus grand braquage de l'histoire du football africain » et de « spoliation flagrante », d’ « organisation sous influence » et de « dictature du soft power », de « hold-up administratif » et de « corruption institutionnalisée ». Rien que ça !

Puis nous en arrivons à ce documentaire de France 5… Pour une production présentée comme réalisée à l’occasion du 70ème anniversaire de l’indépendance du Maroc, l’angle choisi est plutôt tendancieux. Et réchauffé. Interventions déséquilibrées de Franco-marocains, un peu éloignés du pays, de Marocains blessés et/ou revanchards, ou de Français guidés par leurs intérêts propres, mais aucune approche ou témoignage contradictoire, pour expliquer, présenter les choses et laisser le téléspectateur se faire son opinion propre. C’est le contraire que le documentariste a choisi, revenir sur Pegasus lourdement et à charge (faisant même témoigner Nicolas Sarkozy qui a délivré un message très ambigu), rappeler l’épisode de la convocation du chef du pôle sécuritaire marocain Abdellatif Hammouchi et insister sur sa personne, sans aucune autre preuve que celle de « l’indépendance » de la justice française, remonter le temps pour revenir sur les années de plomb de Hassan II, parler de Ben Barka, véritable marronnier des assauts contre le royaume.

Et puis, cette phrase délirante du réalisateur du documentaire : « Il existe au Maroc une presse peu connue en France : la presse de diffamation ». Il ne doit certainement pas regarder la télévision française, pas plus qu’il ne doit lire la presse de son pays !... Non seulement elle est dans la diffamation – avec la gauche et particulièrement LFI comme punching ball préféré – mais elle est aussi dans l’apologie de l’extermination. France24 et son groupe, les médias Bolloré, le service public, tous attaquent, censurent, mentent au besoin, puis sont protégés par l’Etat (qui censure des médias russes, par exemple) et la justice (qui blanchit des titres poursuivis par le Maroc pour l’affaire Pegasus, qu’ils sont encore les seuls à croire).

Le problème n’est pas là, néanmoins… il est dans la passivité marocaine face à ces attaques. Les graves accusations des Sénégalais et de leurs avocats français pour la CAN sont restées sans réponse ; les assauts répétés des médias français contre le Maroc, son roi, ses institutions, restent sans réaction notable des Marocains. Nous avons perdu la bataille narrative de la CAN et nous sommes en train de perdre celle de sa prolongation judiciaire ; et nous perdons encore et encore la bataille d’image du fait des médias européens surtout.

Le Maroc, inexplicablement, ne veut pas encore comprendre que l’émergence passe par la puissance, que la puissance s’appuie sur le soft power et que le soft power renvoie à l’image et à la réputation, la e-réputation ; et la e-réputation, c’est encaisser, démentir, riposter et attaquer, sachant que, paraphrasant Clausewitz, la com d’influence est la poursuite de la guerre par d’autres moyens ! Or ici, nous ne défendons rien, nous subissons ; nous ne réagissons pas, nous entérinons. C’est pourtant le rôle de nos médias, principalement publics, essentiellement audiovisuels. Si nos radios et nos médias privés montent certes aux créneaux, nos télévisions publiques maintiennent une étrange et injustifiable attitude de passivité, alors même que notre Etat, nos institutions, notre culture, nos ambitions et nos moyens déployés sont violemment attaqués et notre présence africaine est fortement égratignée.

Nous avons pourtant nos arguments à faire valoir, nos acquis à opposer à nos contempteurs, nos ambitions à imposer. Il est temps de revoir sérieusement, et offensivement, la ligne éditoriale et, au-delà, les objectifs d’une chaîne publique comme Medi1TV, en principe tournée vers l’extérieur pour servir le narratif marocain, défendre les stratégies nationales et contrecarrer les hostilités étrangères venant de toutes parts. Il y va d’une question de bonne gestion des deniers publics.

Cette attitude de passivité est d’autant plus incompréhensible que le Maroc a su ces dernières années exposer son récit et imposer le respect qui lui est dû. La diplomatie a répondu coup pour coup, se montrant offensive et incisive quand il le fallait, M. Lekjaâ et la Fédération de foot ont su tenir les adversaires à bonne distance, et le cabinet royal a toujours veillé à contenir les politiques étrangères malveillantes.

Pourquoi donc laissons-nous les médias européens attaquer le royaume sans réagir, pourquoi assistons-nous au double-jeu de certains pays européens jouer sans intervenir ? Pourquoi, à l’instar d’autres puissances globales ou émergentes, ne faisons-nous pas de nos télévisions des fers de lance de notre pays, de notre politique, de nos ambitions, au service de nos intérêts géostratégiques ? Pourquoi la communication d'influence et de crise sont-elles négligées par l'Etat ? Réponses ouvertes…

Aziz Boucetta

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