(Billet 1357) – 32 ministres… face à 37 millions de Marocains pressés

(Billet 1357) – 32 ministres… face à 37 millions de Marocains pressés

Fatima Ezzahra el Mansouri et le PAM doivent avoir une bonne fée derrière eux, ou un elfe bienveillant ou même, tout simplement un F, comme facilité par exemple… Le gouvernement nommé par le roi Mohammed VI à Rabat abat les records, les uns après les autres, le dernier étant celui du temps écoulé pour former l’équipe, 17 jours. Maintenant, ils sont là, 32 ministres dont leur cheffe, quatre partis et quelques surprises. En face, une population pressée, stressée, qui attend.

On le dit politique, ce gouvernement, et il l’est. Hors les ministres régaliens, tous ses membres sont encartés dans un ou l’autre des quatre partis, à l’exception d’Ahmed Rahhou, qui confirme la règle. Cela aurait d’ailleurs été une surprise plutôt mauvaise de voir M. Rahhou entrer précipitamment dans un parti… Le gouvernement est également politique car c’est la première fois depuis 50 ans (excepté quelques moi en 2012-13) que le RNI n’est pas dans une majorité gouvernementale et surtout, c’est la première fois depuis 19 ans qu’un gouvernement est formé au Maroc sans Aziz Akhannouch. Il est peut-être là le tournant ! Non pas que l’ancien chef du gouvernement ait marqué la politique, mais plutôt l’éthique (on y reviendra)…

Restant sur ces ministres régaliens, leur reconduction à l’exception du secrétaire général du gouvernement leur fait tous exploser leur longévité à leurs ministères. Ahmed Toufiq est le plus ancien à son poste de ministres des Affaires islamiques, 24 ans (plus les cinq à venir), et Abdellatif Loudiyi à l’Administration de la Défense, 16 ans (plus les cinq prochaines années). Abdelouafi Laftit entame sa 10ème année à la tête de « la mère des ministères » et il faut remonter à Driss Basri pour dépasser cette durée de M. Laftit. Nasser Bourita est aussi le second, après Abdellatif Filali qui est resté 13 ans à la tête de la diplomatie, ayant cumulé entre temps cette fonction avec celle de premier ministre, quatre années durant ; S’il termine son mandat, M. Bourita détiendra le record. Les régaliens, c’est la politique royale, et la politique royale, on le sait, s’inscrit dans la continuité.

Sur l’architecture politique du gouvernement, quatre partis se répartissent les départements, PAM, Istiqlal, USFP et PPS. A tout seigneur tout honneur, le PAM s’arroge la part du lion, avec 11 ministères (dont la présidence), l’Istiqlal avec 7 fauteuils (dont 5 reconduits), l’USFP dispose de six ministres (si l’on compte Hassan Tariq, qui a fait toute sa carrière au sein de cette formation), et le PPS aligne trois ministres. Au vu des résultats législatifs, il semblerait que l’Istiqlal soit le parti qui a su le moins bien défendre et tenir ses positions. Le PPS est le plus petit des quatre partis et le moins doté en ministères, mais il a su négocier le grand pôle de l’Education nationale et le département de l’Energie et des Mines) ; cette place privilégiée du PPS lui est procurée par le rôle de « caution » morale de ce gouvernement (avec l’inclassable Ahmed Rahhou), formé d’une USFP moribonde et de deux autres partis qui ont appartenu à la majorité sortante.

En effet, Nabil Benabdallah a porté haut la parole de l’opposition politique et éthique durant ces cinq dernières années et sa posture personnelle passée lui confère une position particulière. Des chefs de partis présents dans le gouvernement, il sera le seul à pouvoir et savoir discuter, voire ferrailler, avec l’opposition du PJD, celle de l’Alliance de gauche lui étant plutôt hostile et celle du RNI paraissant d’ores et déjà insignifiante, sauf heureuse et très improbable surprise… Nabil Benabdallah, à la tête de l’Education nationale, devrait tout de même se méfier, et peut-être même appréhender, la grogne des jeunes européens, qui se rapproche de nous !

Mais Nabil Benabdallah, comme ses « amis » de l’Alliance de gauche et ses anciens amis du PJD, demande depuis plusieurs mois une loi d’amnistie, voire une grâce royale, en faveur des GenZ encore incarcérés. Commencer un mandat ministériel en rendant le sourire aux jeunes créerait de bonnes conditions pour ce gouvernement qui laisse d’ores et déjà sceptiques bien des commentateurs.

Maintenant, en effet, on peut tout dire sur ce gouvernement et sur ses ministres, ou certains d’entre eux. On peut leur trouver des défaillances établies ou des indélicatesses passées, on peut douter de la totale (ou même partielle) intégrité de quelques-uns, on peut nourrir des soupçons sur d’éventuels conflits d’intérêts… on peut tout dire et on dit tout, même n’importe quoi et n’importe comment. Il est par exemple normal que la moitié des ministres FZM soit formée de sortants, puisque les deux partis les plus importants numériquement aujourd’hui étaient dans la majorité sortante.

Mais, pour autant, il ne faut pas oublier que le PAM est encore et toujours ce parti qui, même premier, même conduisant le gouvernement, est un parti sans véritable idéologie, sans substrat doctrinal et sans fondement politique établis, créé soudainement un jour de canicule en 2008 pour, d’abord, lutter contre la montée conservatrice du PJD ; ses chefs n’aiment pas entendre cela, mais ils en conviennent in petto. De là, son alliance avec les trois autres prend son sens de légitimation, le souvenir de la défunte Koutla servant ce dessein. C’est là que ces trois partis seront attendus, et en premier le PPS de M. Benabdallah. Le rôle de l’opposition de gauche et du PJD, plus forte, mieux organisée, alignant des profils singuliers avec ce qu’il faut de compétences et d’agressivité, est donc aussi très important dans le contrôle de l’action de ce gouvernement.

Autrement dit, ce ne sera plus le gouvernement RNI, livré à lui-même avec un pays qui lui a pratiquement été livré. Le gouvernement Mansouri devra néanmoins avoir le bénéfice du doute avant d’être évalué, mais tout porte à croire que ce délai de grâce ne s’inscrira pas dans les fameux 100 jours habituels, mais sera bien plus court. En effet, la réputation du PAM et incidemment l’affaire électorale de Tanger, l’inexpérience politique de Fatima Ezzahra el Mansouri et son bilan personnel peu consistant, la force de l’opposition actuelle, le passif du gouvernement sortant (où le PAM et l’Istiqlal étaient présents), les maladresses en cascade de Fouzi Lekjaâ et l’attitude provocatrice d’Abdellatif Ouahbi… tout cela compliquera la tâche de ce gouvernement. L’affaire naissante et inquiétante d’une ministre récemment nommée compliquera sans nul doute la tâche…

Pour que leur tâche soit facilitée, Fatima Ezzahra el Mansouri et son équipe ne pourront ni ne devront faire l’économie de mesures spectaculaires, aussi fortes que rapides, dès les premiers jours de leur installation, c’est-à-dire dès le début de la semaine prochaine. Le PLF 2027, aussi attrayant et prometteur qu’il pourrait être, ne sera que du papier livré à une population en manque de confiance et peut-être même d’espérance, et qui n’attend plus rien de ses politiques, sauf peut-être des décisions immédiates et sensibles.

Apurer définitivement l’affaire des GenZ encore détenus, fixer les prix des hydrocarbures ou plafonner les marges de leurs distributeurs, introduire rapidement dans le circuit législatif des projets de lois d’éthique (conflit d’intérêt, enrichissement illicite, …), ouvrir des canaux de discussion avec les avocats… ce sont là quelques initiatives qui, prises sans tarder, pourraient donner un répit au nouveau gouvernement qui, se targuant d’être « politique », devra en faire très rapidement. Avant d’être le « gouvernement du Mondial », ce gouvernement devra œuvrer à être celui du Maroc…

Dans l’intervalle, on ne peut que souhaiter aux nouveaux dirigeants un franc succès, car leur réussite sera aussi celle du Maroc.

Aziz Boucetta

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